Tire ta langue !
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''Pour Zarma, changer à Babylone'' (Décembre 2008)

26 textes de Magyd Cherfi, Jean-Hubert Galliot, Olivia Rosenthal, Marie Didier et Francis Ricard sur 26 photos du collectif Odessa.

Extrait 01
''Je est un autre'' (Février 2008)

Anthologie des plus beaux poèmes
sur l’étranger en soi

 Présentée par Bruno Doucey et Christian Poslaniec

Collection « Anthologie Seghers »
Editions Seghers
www.editions-seghers.tm.fr

Soixante-douze poètes français ou étrangers se rencontrent au carrefour des cultures
et des générations dans cette anthologie des plus beaux poèmes adressés à autrui.

Composée de poèmes rédigés à la première personne, cette anthologie s’attache à montrer de quelle manière Je peut être un autre.
Emprunté à Arthur Rimbaud, ce titre évoque la part d’inconnu, de mystère, d’altérité qui habite en chacun de nous.
Cette thématique est déclinée tout au long des douze sections du livre. Celui-ci s’ouvre avec Andrée Chedid et Robert Sabatier sur l’interrogation « Qui suis-je ? », avant d’évoquer d’autres rapports à l’altérité : retrouver l’enfant qui sommeille en soi, changer au point de ne plus se reconnaître, se dédoubler dans la folie avec un texte inédit de Francis Ricard, désirer l’autre et l’aimer comme un alter ego, perdre ses racines…
L’ouvrage se clôt sur deux chapitres porteurs d’espoir : tous les êtres humains sont égaux, ainsi que le suggèrent Aimé Césaire ou Robert Desnos ; l’enfant qu’une femme porte en elle est le visage de l’avenir.

Glissé dans l’anthologie, un CD offert par les Éditions Seghers et les Éditions Sous la lime, vous fera découvrir – parmi d’autres – des textes de François Villon, Louise Labé, Aragon, Guillevic, René Guy Cadou, Colette Seghers, Azadée Nichapour…

''En un seul souffle'' (Février 2007)

«Faut se méfier des mots qu'on déterre ça peut vous sauter à la gueule.» dit Francis Ricard.

Son texte en effet est l'explosion d'une colère trop longtemps tenue en dedans, cette sorte de colère muette que nourrit, jour après jour, notre sentiment d'impuissance et d'impatience face au monde comme il va.
Il arrive qu'un jour, c'est trop : trop de bêtise, de violence, d'hypocrisie, trop d'espoirs bafoués, trop de vie trahie. Alors, dans une langue soudain brutale, allégée des précautions rhétoriques, surgit «.en un seul souffle.» une protestation radicale, objection nécessaire à l'absurde obstination des hommes à s'interdire le simple bonheur d'exister ensemble.

Bref et virulent, ce livre est un accumulateur d'énergie.
Jean-Pierre SIMEON

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''Le sang, dix façons de le préparer'' (Octobre 2005)

Le sang a disparu des livres de cuisine puisque, pour cuisiner le sang, il faut tuer. Il faut saigner la bête. Le sang ne se vend pas. Le sang ne s' achète pas. Le sang n'est pas une marchandise.

Mon arrière-grand-mère portait toujours un tablier sombre. Elle étouffait les pintades. Elle les pendait à une poignée de porte où elles s'étranglaient dans un battement d'ailes. Elle étouffait les pigeons, un dans chacune de ses mains paysannes. Mais elle saignait les poulets et les lapins. Le sang coulait, généreux, puis finissait par goutter dans l'assiette en fer, toujours la même.

J'observais les bulles qui se formaient et l'irisation de ce liquide noirâtre. Je supposais qu'il était chaud mais j'ai toujours répugné à y tremper un doigt.
Ecrire sur le sang a quelque chose de scandaleux, d'inconvenant, d'immoral, de provocateur. C'est toucher à un tabou, c'est franchir un interdit. Les routes, l'Histoire, les écrans de cinéma et de télévision dégoulinent de sang mais nos mains sont immaculées comme les carrelages des abattoirs. Cachez ce sang que je ne saurais voir constitue le slogan de la tartufferie moderne. Le sang est instrumentalisé, confié aux professionnels, délégué, dérobé.

Ainsi le sang disparaît de notre quotidien.
Rendu invisible par notre modernité urbanisée, hédoniste et si policée, il est le mauvais souvenir d'une autre époque, comme le signe résiduel de notre sauvagerie. On cache le sang comme on aseptise la mort. On moralise les mœurs, l'art et la cuisine. On prône les légumes, on mange bio (logique !), on devient végétarien. Vert fantasme d'un paradis sans viande et donc privé de sang.

New age, nouvelle religion. Victoire du rationalisme sur l'Homme sauvage, triomphe de la raison sur le sacré. Tous les rituels font le détour par le sang. Notre époque renie le sang parce qu'aujourd'hui plus rien n'est sacré.

Au début du siècle dernier, on conseillait aux tuberculeux de boire chaque jour, aux abattoirs, un verre de sang frais de veau. Puis vint Dracula. Le héros de Bram Stocker a absorbé notre cruauté ; il nous a affranchis du sang mais, par là-même, il l'a diabolisé. Le sang n'est plus le sang. Affaire de sens contaminé.

Écrire et cuisiner le sang, c'est renouer ou refuser de rompre les liens qui nous rattachent à la sauvagerie. C'est affirmer que l'Homme n'est pas une machine. Consommer du sang sous forme de boudin, de sanquette ou de sauce, c'est poser un acte. C'est s'afficher comme Homme encore relié avant l'impasse du sens unique. C'est préférer le labyrinthe à la ligne droite. C'est entrer en résistance contre l'exsangue. C'est affirmer le sacré comme condition essentielle de l'Homme.
 

''La Corrida des Ombres - Textes et photographies'' (Décembre 2003)

La corrida comme le réel tiennent au même mystère : éphémères on n'en saisit jamais que les ombres.

"Ne fût-ce que l'ombre d'une corne de taureau" écrivait Michel Leiris. Et Picasso, pour peindre ses tauromachies, a dérobé les ombres portées sur le sable de l'arène comme si l'ombre était plus vraie que la réalité indicible.
 
L'écriture est l'ombre portée de l'écrivain, elle est une figure de sa vérité projetée. Au détour d'une métaphore le réel ne livre que ses fantômes en négatif.

Les textes et les photographies de Francis Ricard sont une tentative pour pénétrer le secret insondable de la corrida.
Écriture de l'ombre, ombre de l'écriture ; ombres de la corrida, corrida des ombres.

Textes et photographies - volontairement non datées et non situées - s'interpellent et de ce dialogue naît l'ombre de la vérité, une vision personnelle parce que l'essence de la corrida est inaccessible.
Faute de déchiffrer le sens insaisissable, l'auteur choisit de lâcher la proie pour l'ombre

Extrait 01
''Eclipse(s)'' (Décembre 2002)

Essai sur le silence de la langue

Noircir ce qui éblouit
Faire apparaître ce qui éclaire
Eclipser le langage
Déterrer la langue qui se tait
Cacher ce qui s'expose
Exposer ce qui se cache
Eteignez que je vous voie
Murmurez que je vous entende

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''L'heure juste - Poèmes'' (Septembre 2002)

Où il est question de montres arrêtées, d'horloges qui sonnent à contretemps, de sabliers ensablés.
Où il est question de l'urgence de l'amour et de la révolte que nul retard n'excuse. Où il est question de poésie au présent comme injonction vitale de ce temps détraqué.
Une heure, ne serait-ce qu'une heure, une heure juste où se sentir justifié comme homme de bonne volonté, cette heure existe-t-elle pour le guetteur trop vigilant ?

Face à la permanence d'un monde détraqué qu'il continue à dénoncer, l'auteur, poème après poème, tente de ravauder la vie que d'aucuns s'acharnent à déchirer. Cela s'appelle courage et obstination que de refaire chaque jour ce que les forces obscures s'obstinent à défaire.

Quelques minutes de répit permettent de souffler, parfois une heure, juste une heure. Cela s'appelle l'heure juste.

En attendant la suite, mais prêt, manches retroussées, prêt à refaire front et à livrer sans cesse l'incessant combat pour la vie.

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''La boîte noire - Poèmes'' (Novembre 2001)

Que reste-t-il à l'homme privé d'Histoire sinon le désir d'amour et de tendresse. Et faute d'amour suffisant, la colère et la révolte. Je t'aime écrit l'auteur mais avec quoi écrire ?
Ces poèmes oscillent dans ce questionnement, entre l'amour si difficile à donner ou à recevoir et la banalité de la violence si insupportable.
Si tu détruis un pont, qui recoudra les terres ?
Que peuvent nos fragiles lignes magie mots face à la barbarie ?
Face à la vie ? Face à la mort ?
Dire qu'on aime et crier sa révolte sont ici les deux faces de l'être contrarié. Entre espoir et désespoir surtout pas de silence, surtout pas d'indifférence. Dire haut ce qui insupporte et tout aussi haut combien fort peut être l'amour.

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© 2010 - Tous droits réservés - www.tiretalangue.fr - Administration - MAJ : 7/03/2010